La Toussaint des Toufaits

Métro

PREVIOUSLY dans METRO BOULOT GOGO

Zoé, une star de l’illustration internationale et Axel, son jeune partenaire de vie, habitent Paris. Zoé a une fille de 18 ans, Rose. D’après les Toufaits (les 3 enfants d’Axel) cette jeune fille handicapée est chouchoutée de façon décomplexée par sa mère. Camille, l’aîné des Toufaits, 18 ans également, fait ses études à Reims. Pauline, 16 ans, et Antonin, 13 ans, vivent en Tunisie et reviennent à Paris pendant les vacances.

Dans l’épisode d’aujourd’hui, Pauline, revenue de Tunisie pour la Toussaint, décide d’aller au Musée d’Orsay pour se cultiver. Elle a prévu de s’y rendre en métro où elle pourra, je cite, « profiter du trajet pour lire la DDFC ». Je suis interloquée par cet acronyme. Que diable leur fait-on lire, de nos jours ? Où sont Baudelaire, Marivaux, Choderlos de Laclos ? À moi Balzac, Zola, Maupassant, on assassine la culture française !
– Calme-toi, Zoubi, m’assène l’intéressée d’un air las, la DDFC c’est la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. On va pas répéter ça à chaque fois qu’on parle du bouquin, tu comprends ? On abrège, quoi.
J’hésite à lancer le débat « Olympe de Gouges est-elle une autrice valable pour le bac de français ? » mais je renonce car elle est partie.

Elle revient le soir, affichant une mine chiffonnée et me raconte sa journée sans même penser à ponctuer ses phrases de « du coup », ni « à la base » et même pas un seul « en gros »…Étonnant, inquiétant. Et, en effet, tout ne s’est pas exactement passé comme prévu. Son métro bloqué par un incident technique, elle a pris une correspondance pour tenter de rallier la station initialement visée. Une fois sortie, elle s’est complètement perdue (et n’avait – évidemment – plus de batterie pour appeler).

Une dame l’a aidée à trouver le Musée d’Orsay où, tombée nez à nez avec l’Origine du Monde, elle a assez vite constaté que tous les peintres du 19e étaient de gros pervers. De femme à poil en femme à poil, elle entre dans une salle où la biographie de Gauguin achève de la dégoûter (abandon de famille, drogue, mise en couple avec plusieurs jeunes filles pas majeures du tout). Écœurée, elle reprend le métro pour rentrer à la maison et se fait agresser verbalement par un sale type qui lui débite des horreurs assez crues sur sa tenue vestimentaire. Trop, c’en était trop, le type s’est pris un bon coup de DDFC dans la figure.
Ma Toufaite, faut pas trop la chercher.

Pendant ce temps-là, Camille, son frère aîné, est parti en Tunisie pour les vacances (il croise ses frères et sœurs au-dessus de la Corse, à peu près). Il nous envoie un message pour nous informer de l’heure de son retour la semaine suivante.
– Papou et Zoubi, vous viendrez me chercher à l’aéroport samedi ?
– Non, nous ne serons pas à Paris, désolés. Tu prendras l’Orlyval.
– Chépa c’est quoi.
– C’est une navette qui t’emmène jusqu’au RER B à Antony.
– Chépa c’est où.
– Regarde sur YouTube.

C’est vrai, quoi, il est sur le web H24, autant que ça serve, à un moment. Il faut dire aussi que les relations ne sont pas tout à fait au beau fixe depuis une soirée organisée par Camille chez nous et en notre absence quelques semaines auparavant. J’avais pris soin de marquer le niveau des bouteilles d’alcool au marqueur pour évaluer sa consommation : le résultat a été facile à lire, les bouteilles étaient vides. Toutes. Le rhum, le whisky, la vodka finlandaise. Il y avait des nouilles dans l’évier, du vomi sur le rebord de la cuvette des toilettes, des mégots dans les cendriers, des vêtements dans les lits.

Il s’est pris une telle soufflante qu’à la soirée suivante nous avons retrouvé l’appart plus propre que le jour où vient notre femme de ménage. C’est bizarre, les gosses : quand ils sont là, ils nous saoulent et quand ils ne sont plus là, ils nous manquent.

Je termine cet article qui leur est dédié par la publication d’une création originale de Pauline qui décrit ma journée d’illustratrice au bon vieux temps où elle venait déjeuner avec moi le mercredi. Snif.

LUNDI MATIN

Une odeur de café me titille les narines,
Et je me réveille pour manger des tartines.
Le serveur, ma foi fort séduisant,
Me sert en souriant.

Derrière moi, ma fille fait une orgie de belvitas,
Et je sais que j’aurai la flemme de laver ça…
Sur le canapé défait je lui mets son corset
Et je la coiffe vite fait.

Déjà, je me sens choir sur mon café,
À l’idée de tous ces clients mal lunés
Qui me demanderont de leur dessiner
Des trucs relous en n’étant jamais satisfaits.

Hélas ! Cruel lundi matin !
Quand je sors dans la froideur
Pour aller poser mon postérieur
Toute la journée sur ma chaise de satin.

Franchement, je vais être honnête
En vous disant : vivement mercredi
Pour aller déjeuner avec ma Toufaite,
C’est bien plus marrant que de faire des devis.

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13 réflexions sur “La Toussaint des Toufaits

  1. Courageuse et émouvante Zoé. Quand j’ai connu Zoé, elle avait 13 ans. Elle faisait preuve d’une grande détermination….mais je n’avais pas soupçonné un cœur aussi tendre. Tu es belle, Zoé.

  2. Que se cache-t-il derrière cette dérision, derrière cet humour qui dédramatise ? Zoé, tu es un mystère pour moi.

    1. ah ah ! juste une fille qui se cache derrière la dérision et un humour qui dédramatise, chère Eveline.

  3. Vous lire est un plaisir qui se renouvelle à chaque nouvel épisode. Je crois que vos lecteurs sont un peu comme vous, ils s’ennuieraient si vous n’aviez pas toute cette marmaille autour de vous!

  4. ton mail reste qq jours dans ma messagerie avant que je le lise , le temps que je trouve un moment pour le savourer ce que je vais lire et chaque fois, ca me touche, me concerne, que cela soit la DDFC, les ado, nos chers enfants handi…. merci Zoé!

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