Pandémie

Métro

19 mars
Franchement, pas la peine d’en faire un fromage, de ce confinement. Restée seule à Paris, je vais mettre à profit ces vacances forcées pour faire plein de trucs, je suis ravie. Enfin tranquille. Pour ne pas me laisser aller, j’ai mis au point un programme aux petits oignons, et je m’y tiens. Ce n’est pas sorcier. Là, par exemple, nous sommes mardi, il est 10h, c’est bientôt l’heure de mon cours de yoga en ligne. Ensuite, déjeuner léger et atelier tricot. Un peu de télétravail, quelques épisodes d’une bonne série, deux ou trois coups de fil à mes chers amis qui me manquent déjà et voilà une bonne journée bien remplie !

28 mars
Tout va bien, je tiens le coup sans problème. Il fait beau, c’est bon pour le moral. Les Raskovic, au dernier étage, doivent profiter de leur terrasse, la seule de l’immeuble. Les veinards. Moi, j’ai laissé tomber le yoga, j’avoue que je manque un peu de motivation. Mais c’est pour la bonne cause, car j’ai décidé de consacrer mon temps à des choses plus utiles. Nous allons, à tour de rôle avec les Coureau, faire les courses pour madame Faroux. Elle a plus de 90 ans, elle vit seule avec son chat, il faut la bichonner ! On lui a dit de ne pas sortir, je suis contente de l’aider. On a même prévu de lui mitonner quelques bons petits plats, à l’occasion.

12 avril
Le moral des troupes est au beau fixe, surtout chez mes voisins de palier, un jeune couple qui a emménagé juste avant le confinement et dont je n’ai pas encore eu le temps de faire la connaissance. Ils s’entraînent pour le marathon du sexe, on dirait. Leur tête de lit tape dans le mur en cadence plusieurs fois par jour et plusieurs fois par nuit. C’est beau la jeunesse ! Surtout que la demoiselle a l’air de bien prendre son pied. Les Coureau ont bonne mine, ils promènent leur chien très souvent, tant mieux pour eux. Tous solidaires, nous avons mis en place un système pour que le virus ne se propage pas dans l’immeuble : ceux qui habitent entre le RDC et le 4e étage prennent l’escalier et ceux qui habitent plus haut prennent l’ascenseur. Malin, non ?

27 avril
Tout va bien ! J’ai juste un peu mal dormi car ces ploucs de Vassard ont bougé leurs meubles toute la nuit. Je n’arrive pas à localiser l’abruti qui fait de la corde à sauter à 6 heures du matin. Rien de grave. Le nettoyage des parties communes n’est plus assuré, ça pue le chien dans tout l’immeuble. Sinon, le moral est bon, c’est bientôt mon tour de sortir pour aller faire les courses, il était temps, je n’ai plus de vin, ni de clopes, ni de chocolat ; La Raskovic, que j’ai croisé dans l’escalier alors qu’elle habite au dernier étage, m’a dit qu’elle me trouvait une petite mine. Je lui ai dit d’aller se faire cuire le cul sur sa terrasse et d’arrêter de fréquenter mon escalier, qu’elle pollue avec ses miasmes. Les gens sont vraiment d’un sans-gêne !

34 avril
La vieille n’aime pas les cordons-bleus que je lui ai achetés. Elle veut ceux du boucher. Je lui ai dit 100 fois qu’il était fermé, le boucher ! Elle ne comprend rien, cette grognasse, et devrait plutôt nous remercier au lieu de faire la fine bouche. Quelle ingratitude. Comme si je n’avais que ça à foutre. Les Coureau, qui promènent leur sale clébard 20 fois par jour, m’ont dit qu’ils allaient chercher un boucher ouvert. Ben voyons. L’autre traînée continue de se faire sauter toute la journée derrière le mur et j’ai encore croisé madame-j’ai-une-terrasse dans l’escalier, malgré mes avertissements. Je me suis mouchée dans un kleenex et je suis montée le jeter sur son palier, ça lui apprendra à respecter les règles.

20 mairs
J’en étais sûre. Les Coureau n’applaudissent plus. Hier soir, à 20h, je me suis penchée au maximum par la fenêtre pour vérifier. Ils fumaient une cigarette au balcon, pépères, sans même faire semblant. J’ai mis une souris morte dans leur boite à lettres. Comme on n’a plus de courrier depuis 1 mois, ça leur fera une belle surprise quand la distribution reprendra. J’ai changé de lessive mais rien à faire, mes vêtements rétrécissent toujours. Je vais dézinguer tous les SAV de ces salopards de lessiviers sur Twitter. Mes potes me harcèlent pour que je réponde à leurs appels WhatsApp, mais j’ai assez vu leurs sales gueules, leurs recettes de cuisine pourries, leurs mômes moches, leurs blagues nulles. Les queutards d’à côté se sont fait livrer des burgers, quel mépris pour la santé de ce pauvre livreur, c’est beau la France.

18 juillin
J’ai tenté un rapprochement furtif et clandestin avec le technicien venu réparer l’ascenseur. Il est gay, qu’il dit. ET ALORS ? je lui ai répondu, TU PEUX PAS FAIRE UN EFFORT, une fois dans ta life pour faire plaisir, non ?!? J’ai insisté un peu, il a appelé la police, ce gros pédé. En repartant, les flics ont senti une odeur bizarre sur le palier de la vieille Faroux. Je ne la ravitaille plus, j’avais dit aux Coureau de se démerder. Ils m’avaient répondu la même chose mais je n’ai pas cédé, je ne suis pas leur bonne ! Elle n’a qu’à sortir faire ses courses elle-même, après tout. En plus, les flics ont défoncé sa porte pour rien. Ce qui sentait mauvais, c’était ses poubelles. Madame Faroux allait bien.

Elle a bouffé son chat.

illustration pandemie confinement

 

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11 réflexions sur “Pandémie

  1. Tordant, excellent, toujours aussi bien vu et bien dit ! Bravo Zoé.
    Une remarque : si tu mettais plus de dessins, on serait encore plus ravis !
    Merci de toutes façons.

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