confinement

Métro

Pas de bol.

Après les vacances de Noël, où rappelez-vous, il avait déjà été question de contagion, la pandémie de coronavirus menace maintenant de nous mettre sous cloche avant l’apocalispe-zombie finale. Nous serons bientôt tous confinés chez nous avec nos paquets de pâtes et nos rouleaux de PQ.

Adieu la vie trépidante de mon quartier, à cheval entre le 11e arrondissement et le 20e arrondissement de Paris, où je naviguais entre bonnes petites adresses gentrifiées et boui-boui cracra. Adieu ma petite routine du matin, quand je partais travailler dans mon coworking, à 10 minutes à pied. Je remontais à contre-courant, vers 8h45, le flot de pères qui revenaient de l’école, une trottinette rose à paillettes dans une main et un tote bag Naturalia dans l’autre. Les enfants allaient encore à l’école et c’était l’heure du café.

Ah, c’était bien, le café.

A ma droite, tapis de mégots, vitrine opaque et store moisi (rouge devenu vert), il y avait le PMU dégueu plein de turfistes grabataires et de types louches qui descendent des ballons de vin blanc dès 7 heures du matin.

A ma gauche, serveurs tatoués, déco vintage flambante neuve, clientèle familiale et décontractée, trônait le café bobo. C’était là, bien sûr, que se retrouvaient les pères avant d’aller travailler. C’est aussi là que nous échangions les enfants avec nos ex, le week-end. Notre serveuse préférée, quand elle a eu reconstitué le puzzle de qui couchait avec qui, gardait les enfants en attendant que le parent concerné vienne récupérer ses colis. C’était pratique.

Entre les deux, il y avait un café féministe. Les serveuses, robes fleuries et mollets velus, ne plaisantaient pas du tout avec le contenu des conversations (des clients). Leur credo, c’était tolérance zéro pour la non-bienveillance et le patriarcat. Une fois, j’ai vu un mec se faire jeter à coup de pied au cul parce qu’il avait osé héler la patronne d’un « mademoiselle, s’il vous plait ». Adieu, les petites problématiques d’une autre époque.

Pour me ravitailler, j’avais le marché de la place de la Réunion et les nombreuses enseignes bio à l’éclairage glauque et à l’ambiance soviétique qui avaient poussé comme des champignons les dernières années avant l’invasion du virus. Malgré les néons espagnols et l’odeur méphitique de bouffe pour animaux, je parcourais parfois les allées tristes, aux rayons clairsemés de produits de régime aux packagings gerbiques avant de ressortir sans rien acheter, même pas un petit sachet de graines de petit-déjeuner. Si j’avais su. J’aurais fait des provisions.

J’attends la fin du monde rue d’Avron en terrasse avec une pinte de bière artisanale à 12€, au milieu des kebabs, des fromagers hors de prix, des marchands de bassines en plastique, des esthéticiennes chinoises, des charcutiers traditionnels et des bouchers hallal, des crêperies sans gluten, des robes chatoyantes en polyester à sequins, des échoppes de retoucheurs, des épiceries exotiques, des boutiques de téléphonie mobile et de transfert d’argent, des barbiers louches, des vendeurs de chaussures en plastique, des pressings discount, des traiteurs asiatiques, des marchands d’or, des dératiseurs et des coiffeurs afro pendant que les enfants vont au Mac Do une dernière fois.

Bonne chance à tous.

illustration terrasse de café

 

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12 réflexions sur “confinement

  1. Merci pour ce texte réjouissant d’une vraie parisienne amoureuse de notre ville métissée grouillante. Merci à ce virus de nous faire prendre conscience de nos petits bonheurs.

  2. Oh là là, Zoë, ça a l’air sympa, chez toi, quand on sera tous morts, je vais déménager. Au fait, les prix de l’immobilier vont baisser ?
    Gaëlle a reçu un message : Mettez vos vieux à la campagne ; Je m’attends à tout .
    Bisous désinfectés .

  3. Ça me rappelle mon quartier parisien quand j’habitais encore Paris, j’étais dans le 11ème côté Voltaire et ma ville en moins bobo quand j’ai franchi le périph’ (Vitry-sur-Seine). Ici, à Hambourg, on ne trouve plus de PQ ni de pâtes dans les supermarchés et en revenant de la Nièvre, je n’ai même pas vu vos panneaux sur l’autoroute car il me semble qu’ils étaient sur l’A4 et nous avons pris l’A26 et l’A34. Bref, j’aurais dû rester dans la Nièvre, c’était plus fun et il y avait au moins un jardin pour que les enfants se dépensent.
    Bon courage !

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