Guadeloupe ton vol

Métro

Tout avait pourtant si bien commencé.

Souvenez-vous (ou relisez cet article) j’ai un ami dont les parents possèdent une villa à Saint-Barth. Cet ami nous invite régulièrement, au cœur de l’hiver, à venir nous réchauffer sous le soleil des tropiques et puis, bon, comme on l’aime beaucoup, on y va. Si vous n’êtes jamais allés à Saint-Barth, (j’adore écrire ce genre de phrase) sachez qu’il n’y a pas de vol direct. Il y a un changement à Pointe-à-Pitre. On quitte le gros avion pour le petit avion (12 places, la piste est courte, coincée entre une petite colline et la mer c’est très jouli).

Sachez également que j’ai un petit contentieux d’aéroport avec la Guadeloupe puisque notre dernier départ pour Pointe-à-Pitre s’était achevé au Novotel de la porte de Bagnolet (voir petite terre) mais rholàlà, c’est loin, tout ça et nous arrivons à Saint-Barth sans aucun problème et même pas en retard. Nous sommes une bande de 10 potes, super vacances, la mer turquoise, le rhum de chez Ginette, les tatakis de mahi-mahi, les wahoos, les ouassous, la belle vie (et pas d’excursion en bateau pour moi, merci).

Je vous épargne les photos de nos corps sveltes et bronzés sur les plages de sable blanc pendant que vous trimiez sous la pluie métropolitaine. Arrive la date du retour. Tous nos amis ont choisi Air France et nous sommes les deux seuls, Axel et moi, à voyager (une nouvelle fois) sur le vol SS926 de Corsair mais quelle importance, on sera tous à Orly demain matin, après tout ! (non). Le vol Saint-Barth/Pointe-à-Pitre se déroule sans encombres, je tiens à le préciser pour qu’il y ait au moins un point positif dans cette histoire. Arrivés à Point-à-Pitre, nous ratons bêtement la porte vers les transferts, ce qui nous aurait permis de prendre le vol pour Paris sans refaire la queue pour enregistrer, la queue pour la douane et la queue pour embarquer.

C’est dommage. Bref, on embarque. Le commandant de bord nous signale amicalement de sa voix rassurante, chaude et suave que quelques contrôles mécaniques restent à effectuer sur l’appareil avant le décollage prévu dans 10 minutes maximum. Je trouve ça louche. Pourquoi nous parle-t-il de mécanique si on décolle dans 10 minutes ? Trois heures après, nous n’avons toujours pas bougé d’un mètre et le gars nous annonce que désolé, l’avion est pété. Enfin, le moteur droit très exactement. Et qu’on ne décollera pas ce soir. L’hôtesse nous sert le dîner, tant qu’à faire, et nous dit qu’elle n’a jamais vécu une telle situation en 20 ans. Moi c’est la deuxième fois en deux fois, merci la Guadeloupe.

illustration avion

On dîne dans l’avion cloué au sol. L’ambiance est plutôt bonne, nous sommes philosophes, mieux vaut dormir en Guadeloupe que se crasher dans l’atlantique n’est-ce pas ? L’aéroport est situé dans une commune qui s’appelle « les Abymes » mais foin de superstition, je n’y suis pas sujette. On débarque. Il est 23h, le personnel au sol nous annonce l’arrivée imminente d’un bus qui va nous emmener à l’hôtel pour la nuit. C’était oublier un peu vite les émeutes. Nous sommes encerclés par des barrages tenus par des gens pas contents du tout, eux. Le préfet interdit catégoriquement toute sortie de l’aéroport, vous allez devoir passer la nuit ici, annonce le préposé à 350 personnes. Les vieux, les malades, les handicapés et les familles avec jeunes enfants font une drôle de tête mais les pompiers nous livrent 100 lits de camp. Pour 350 personnes. La bonne ambiance. Je renonce à me battre avec des pères de famille qui se feront défoncer s’ils reviennent les mains vides. Heureusement, on nous rend nos bagages, ce qui nous permet de confectionner un petit lit douillet à base de linge sale, sur un tapis roulant fort accueillant (et j’ai quand même arraché deux couvertures de survie en laine électrostatique à un type qui avait chopé des lits, faut pas déconner non plus). En revanche, impossible d’éteindre les spots géants au plafond ni les chants de Noël créoles au saxophone diffusés par les hauts-parleur en boucle toute la nuit.

Le dimanche matin est un jour calme à l’aéroport de Pointe-à-Pitre. Il n’y a personne avant l’heure du déjeuner, vraiment personne. Sauf la vendeuse de la sandwicherie qui a vu déferler une horde de pue-de-la-gueule (nous) à la recherche de nourriture (et d’eau). Elle a fait son chiffre de l’année. En fin d’après-midi, le personnel de Corsair – bien embêté – vient nous annoncer que la pièce pour réparer l’avion cassé n’a pas pu arriver de Paris à cause du blocus et qu’une nouvelle tentative sera faite le lendemain. La bonne nouvelle (il y en a une) c’est que l’Autriche, où vit mon ex-mari, a reconfiné sa population la veille : il est donc coincé en France et peut continuer à garder ma fille qui est aussi la sienne pendant que je prends du bon temps à l’aéroport de Pointe-à-Pitre. Mais Axel (quel impulsif, celui-là) décrète qu’il ne supportera pas une seconde nuit de chants de Noël au saxophone. Il achète deux billets Air France pour le vol qui part dans la soirée (pour le même prix que l’aller-retour sur Corsair, mais bon, bref). (comme disait ma grand-mère, le bon marché coûte cher).

illustration chants de noël

Nous refaisons les queues (enregistrement – douanes – embarquement) pour la troisième fois. Le vol est annoncé avec 1h30 de retard. Nous échangeons des regards entendus avec plusieurs autres ex-passagers Corsair qui ont choisi la même option que nous : peu importe tant qu’on décolle (nous commençons à bien nous connaître, nous avons tous dormi ensemble, ça compte). Nous avons décollé, nous avons atterri à Orly avec 24 heures de retard, c’est une sorte de tradition maintenant.

Mais l’histoire n’est pas tout à fait terminée : l’avion de Corsair, enfin réparé, a décollé le lundi pour Paris où il est arrivé sans encombres avant de reprendre sa rotation pour Pointe-à-Pitre le jeudi d’après. Et c’est quand j’ai su qu’il avait fait demi-tour au-dessus de l’atlantique pour se poser à Brest en urgence que je me suis dit qu’on avait bien fait de choisir Air France, finalement.

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16 réflexions sur “Guadeloupe ton vol

  1. ça me rappelle un réveillon aux Saintes avec 48h à l’hôtel à côté de l’aéroport en attendant une pièce qui venait de Paris mais Paris était sous la neige donc plus rien de décollait …
    On passe sur l’arrivée à Roissy quand nos voitures attendaient à Orly avec encore qq heures d’attente car la porte était gelée donc impossible de l’ouvrir
    Finalement nous sommes rentrés chez nous sans bagages car le container était resté au soleil …
    De beaux souvenirs pour quelques PinPins qui se reconnaîtront

        1. Nos amis sur Air France passaient effectivement par Saint-Martin. Et c’est ce que nous ferons la prochaine fois !

  2. M’ beaucoup !!!
    Une madeleine de Proust pour mon vol de demande en mariage avec une nuit à Venise (a-t-on idée d’être aussi gneugneu…) qui pour cause de brouillard sur la lagune nous a déposé avec 3 heures de retard à …. non pas à Turin, non pas à Milan mais … à Gênes . (Un peu tu vas à Lyon et on te dépose à Brest). Pas grave, un car des années 50 nous attend pour retraverser l’Italie de nuit et comme ce sont des français en goguette, le chauffeur nous soigne avec Paroles Paroles Parole de Dalida en italien et en boucle pendant 7 heures. Curieusement le car ne nous dépose pas à la gare routière de Venise mais à l’aéroport ??? et c’est là que le juste prix prend tout son sens : Air France avait mis un Riva perso à notre disposition à Marco Polo sur lequel j’ai fait ma demande à l’aurore au cœur même d’un Turner … un des plus beaux souvenirs de nos 34 ans de vie commune à ce jour !

  3. Vous avez l’air sympas, mais … comment dire ? je ne suis pas sûr de partir en vacances avec vous … je vais rester dans le Bourbonnais, c’est plus sûr.

  4. Écoute Zoé, la prochaine fois que tu prends l’avion, peu importe la destination, tu me préviens, hein ? Non pas que je veuille pas faire la causette avec toi, ce serait même un plaisir mais voyager avec toi ne me semble pas un gage de sécurité. Et comme tu le sais, je suis une vieille dame et je n’ai plus l’âge de dormir sur des tapis roulants, même si on a atterri sur le ventre à Kathmandu il y a un certain nombre de décennies. Et puis j’en connais un qui aurait ronchonné toute la nuit. Le saxo, il aime, mais les chants de Noël en boucle, ça se serait terminé en pugilat contre les hauts-parleurs
    Joyeux Noël bronzé

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