Coups de semonce

Métro

Les vacances de Noël font chaque année l’objet d’un article assez catastrophonique (2017, 2018 (semaine 1) 2018 (semaine 2), 2019). Comme 2020 est assez prometteur à l’échelle mondiale, les petits ratés, les petits prouts du destin ont commencé dès le mois de novembre. Rien de grave, juste quelques prémices assez savoureuses.

D’abord, les librairies ont fermé au moment de la sortie de mon premier roman, signatures et rencontres annulées, attachée de presse covidée, un an de tripes et de travail pour 142 exemplaires vendus.

Quand les librairies ont rouvert, je m’y suis ruée, en manque, pour acheter l’Arabe du futur et l’Anomalie, comme tout le monde, mais aussi le nouveau livre du Tampographe Sardon, un artiste qui fabrique des tampons encreurs inutiles et orduriers qui me font hurler de rire. Son atelier est tout proche de chez moi, j’y passe assez régulièrement le samedi avec mes 4 gosses, en balade. Il a un humour noir et décapant que j’apprécie beaucoup et j’ai même plusieurs fois essayé d’échanger avec lui sur nos travaux respectifs car nous avons beaucoup de sujets de prédilection en commun, je trouve.

Et je me dis, tiens, j’aurais dû en profiter pour voir si la librairie a mon roman en stock, bien persuadée qu’avec mon bol habituel, le libraire allait me répondre qu’il fallait le commander. J’y retourne, je vérifie les rayons, aucune trace de mon bouquin évidemment. Je me dirige vers le libraire et je lui demande s’il a reçu un roman qui s’appelle Rue des Boulets. Le gars me répond que ouuuuh ça vient d’une toute petite maison d’édition et que c’est pas sûr du tout. Voilà, j’en étais sûre. Il me dit aussi attendez je vérifie et paf, il me sort un exemplaire de derrière les fagots.

illustration librairie

et il me le tend.
et je le prends.
et il me dit « 15€ s’il vous plait »
et je l’ai acheté.

La débile qui achète son propre livre dans une librairie, c’est moi.
Les libraires sont d’habitude désagréables et fuyants. Celui-ci, pas de bol, est sympa et continue à me parler « Comment en avez-vous entendu parler, de ce livre ? » impossible, évidemment, de dire que c’est moi qui l’ai écrit, à ce stade. Je m’enfonce d’un « je connais l’auteur » avant de m’enfuir en courant avant qu’il ne me pose plus de questions.

De retour à la maison le soir, je savoure la lecture de mes emplettes (pas Rue des Boulets, je l’avais déjà lu). Le Tampographe a compilé ses traits d’esprit entre les photos de ses créations macabres et grinçantes, je me régale jusqu’à la page 176 où je lis : « Je redoute les visites des artistes du quartier. Personne n’a moins de curiosité que moi pour le travail des peintres, des costumières en haut-de-forme, des écrivains expérimentaux, des cohortes de graphistes et des illustratrices couvertes d’enfants qui rôdent dans le quartier. »

La douche froide.
Et ne venez pas me dire que ce n’est peut-être pas de moi qu’il parle, c’est ce que j’ai essayé de faire gober à tous ceux qui se sont reconnus dans mon roman. L’imbécile, super fan d’un mec qui la méprise, c’est moi.

Ensuite, comme il n’y a plus de gastro ni de grippe grâce aux masques, mon corps s’est dit : Et pourquoi pas une petite infection urinaire ? Il me fallait, sur les conseils de mon médecin, d’abord trouver un laboratoire d’analyses qui ne fasse pas de test covid pour ne pas choper le covid. OK, le plus proche n’est pas tout près mais qu’est-ce que 15 minutes de marche (avec la vessie en chou-fleur) ? Je rampe jusqu’au labo, je fais 25 minutes de queue sur le trottoir avec 18 autres bonnes femmes pliées en deux et arrive enfin mon tour.

Pas de pot, ils n’ont plus de pots. Quoi ?
Ben non, désolée, plus de petits pots pour faire pipi dedans, faudra revenir demain.
Je repasse le lendemain devant tout le monde pour juste prendre un pot, je fais pipi dans le pot (aux toilettes) et je refais 25 minutes de queue.

illustration file d'attente
La fille du guichet me regarde avec un air désolé. « Ce n’est pas votre première miction du matin, n’est-ce pas ? » Vu qu’on s’est vues il y a une demi-heure, qu’il était déjà 11 heures et que je vais aux toilettes toutes les 10 minutes, je lui confirme que non. Il faudra revenir demain.
Le lendemain je réfléchis. Comme toutes les mémés viennent le matin apparemment, moi, plus intelligente que tout le monde, je vais venir l’après-midi.

illustration file d'attente

Quand j’arrive l’après-midi avec mon pot de pipi du matin, la réceptionniste m’annonce que les biologistes ne sont là que le matin avec un air tellement embêté que je lui épargne une golden shower pourtant bien tentante.

Le jour d’après, elle m’a fait passer devant tout le monde. Et tout s’est bien passé. Mais nous avons découvert que le petit pot du jour était fêlé et que je mettais du pipi partout. Toutes les vieilles dames que je venais de doubler s’en sont données à cœur joie pour se moquer de mes fuites.

Vivement les vacances.

ps : Achetez Rue des Boulets

Partagez mon travail !

Recevez mes nouveaux articles dans votre boite aux lettres !

12 réflexions sur “Coups de semonce

  1. Hé bé ! Comme ont dit par ici.
    J’me sentais obligé de faire péter l’com’ car toi dans l’genre poissarde tu t’places là.

    Courage bientôt les réunions de famille relou et le mal de bide 😉

  2. Je l’ai lu le livre. J’ai souri, j’ai ri, j’ai eu les larmes aux yeux. « Ma Zoé » comme me disent mes amies, n’était pas préparée à ça. Mais elle a toujours été courageuse. J’ai eu de la chance de la connaître jeune. Elle me bluffe dans sa manière d’affronter l’adversité.
    Mes copines ont toutes commandé ton livre. À Bordeaux, il est à la librairie Mollat. À Toulouse, il est dans une magnifique librairie dont le nom m’échappe. Il commence à faire son chemin en Allemagne.
    À bientôt Zoé, à la Boîte à livres.
    Je t’embrasse.

  3. Moi j en ai acheté 2…un pour moi, dédicacé., et le second pour le faire lire …..
    J ai bien reconnu les mémés à cystite……..hilarant ! Merci Zoé !

  4. Moi je ne l’ai pas encore acheté mais c’est prévu, rien que pour que vous ayez le plaisir de dépasser les 150 exemplaires vendus! Bon OK, aussi pour le plaisir de votre prose.
    Pouvez-vous juste me rappeler l’éditeur parce que comme c’est une toute petite maison…

  5. Suzel, un livre dédicacé ? Chuis jalouse, verte, au bord de la crise d’apoplexie (je ne sais pas ce que c’est, mais c’est très grave !!!)

  6. Coucou Zoé, moi je l’ai lu, mon mari, mon gendre aussi… pas ma fille qui a peur de se retrouver face à ses expériences passées qui ressemblent tellement aux tiennes… J’ai beaucoup aimé, tu écris bien, tu tiens le lecteur sur le fil. C’était épatant ! Garde bien ton optimisme face à la dureté de la vie ! Biz

  7. Et mouahh je l’ai acheté ton livre ! Version iBook ça compte ou pas dans tes 142 exemplaires ?? Et j’ai lu, et j’ai ri, et pas que aussi.
    Flûte de zut qu’il ne marche pas.
    P…d’année 2020‍♀️

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *