Tronches de VIP

Métro

Je suis fascinée par les magazines people. Ils sont pour moi la manifestation de notre animalité profonde, mélange de voyeurisme, d’envie (ou de dégoût), de concupiscence et de besoin de réassurance. En quoi la vie de ces gens que nous ne connaissons pas pourrait bien nous intéresser ? Zéro info, zéro culture, zéro intérêt. Et pourtant, tout le monde les lit (au moins dans les salles d’attente des médecins relous qui nous font poireauter) car les célébrités sont des monstres, au sens wikipediesque du terme, c’est-à-dire des créatures dont l’apparence, voire le comportement, surprennent par leur écart avec les normes d’une société. Pile poil ce que je vous disais. Prenons les magazines de têtes couronnées : Kate est enceinte, Harry se marie, Maxima fait du ski, Laetizia reprend de la tarte toussa toussa. On s’en fout. (Il y a un onglet « princesses » sur le site de Point de Vue si ça vous botte). Et puis on arrive enfin aux pages vernissages – soirées de charité – réceptions – inaugurations – bal des débutantes.

Hiiii haaaa j’adooOore ! Leurs têtes ! Leurs tenues ! Leurs poses ! Leurs noms ! Tout ! A chaque fois que je parcours ces pages, je vois un film de Proust assisté de Zola (période la Curée, hein, pas Germinal) sur un scénario de Dumas. Allez, je prends une niouze au pif : « Elles nous ont invités à leurs préparatifs pour le Grand Bal Surréaliste Christian Dior. Dans leurs splendides robes de la maison de couture, les filles de la princesse Bianca de Savoie-Aoste, comtesse Arrivabene Valenti Gonzaga, ont goûté aux délices de l’événement. Il faisait suite à la présentation de la collection haute couture printemps-été 2018 au musée Rodin. Un conte de fées qui semblait mis en scène par Lewis Carroll… » 

OK, mauvais exemple. Les meufs, elles s’appellent Viola et Véra, elles sont canons, ce sont des princesses et elles vont au bal Dior, allô Disney quoi. Nous on s’appelle plutôt Véronique ou Vanessa et on va en week-end au Touquet sur un coup de folie. Bon. Passons. Non, moi je guette les vrais, les purs et durs, les gueules du gotha, les vieux gros, les moches à particules, les riches chauves et les bégum décaties. Ce sont eux mes héros.

illustration vernissage Tronches de VIP

Ces mines réjouies « d’en être », ces gras propriétaires d’objets d’art et de bagnoles vintage, ces artistes invertis en couple (c’est l’époque que voulez-vous, il faut bien vivre avec son temps, j’y ai même vu une personne de couleur l’autre jour uh uh) ces matrones endimanchées, quel délice ! Et le TOP, ce sont ces soirées rallyes où des ados à gros nez s’éclatent poliment (noblesse oblige) dans des teufs à what mille (financées par la vente d’un petit Gauguin de famille très certainement, mais il fallait bien cela pour la première sortie de Marie-Eglantine dans le Monde.)

Mais la presse people, c’est aussi l’actu des stars professionnelles (= leur boulot, c’est d’être une star). Femmes de footballeur, présentatrices de météo, virés de la téléréalité. Ces gens (qu’on ne connait pas du tout non plus) doivent, pour toucher le jackpot (= un contrat de pub de parfum), être idéalement américains – mais c’est pas donné à tout le monde – et surtout obéir à des codes encore plus tatillons que les mecs du bottin mondain dont je viens de vous parler. Par exemple, pas question de sortir dans la rue sans un certain nombre d’accessoires :

Bon, les jeux de mots nuls et les photos floues de gros culs à la plage, c’est quand même moins romanesque que les vernissages privés, j’avoue. La ligne éditoriale de ces magazines-là est généralement faiblarde.

illustration magazine people

Mouaif. bof. La pauvre dadame fait son marché tranquillou et se retrouve clouée au pilori de la une de Closer avec ses poireaux et son PQ, c’est pas sympa. Alors qu’elle aurait été top, sa couleur refaite, dans les pages Culture du Figaro Magazine, à l’inauguration du Musée Nicolas Sarkozy en tailleur et coupette de champ’.

MAIS ! .. Scoop perso et coq à l’âne, pardon de m’interrompre, je m’aperçois que le titre de cet article Tronches de VIP traîne dans ma mémoire crocodilienne depuis l’enfance, où je bouquinais les BD parentales de Lauzier plus ou moins en cachette. Je pense qu’une bonne partie de mon envie de dessiner vient de cet album sublime que j’adorais et qui s’appelait …Tranches de vie. Merci Gérard pour ces planches magnifiques et dommage que tu sois mort, t’aurais adoré Instagram.

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Une réflexion sur “Tronches de VIP

  1. C’est vrai tout ça, mais c’est quand même sympa cette histoire de gobelet Starbucks qui fait des émules jusque dans le métro, ça provoque ensuite la joie des blanchisseurs ! Et quant à nos amis les VIP, Zoé, je trouve que les seules attitudes honorables sont, soit de les snober de façon ostentatoire (ce qui n’est pas simple), soit de les saluer avec un sourire de commisération (celui qu’apprend Bébel à Anconina dans « Itinéraire d’un enfant gâté »)… soit encore de leur demander un autographe en les interpellant bruyamment mais en leur donnant le nom d’une autre célébrité. Non ?

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