Vive les mariés, bordel.

Métro

Plus les années passent, plus les mariages m’emmerdent, je le confesse. Est-ce parce que je suis divorcée ? Oui, sûrement. Est-ce parce que je suis vieille ? Oui, bien sûr. Est-ce parce que les 589 cérémonies auxquelles j’ai assisté étaient identiques ? Peut-être bien…

C’est donc le jour J à Dache-les-Bains, le petit village (lointain) des Cévennes/Ardennes/Vosges/Corbières où a lieu le mariage de mes potes. D’abord, la messe (la cérémonie civile à la mairie est considérée comme une sorte de non-évènement privé, elle a eu lieu il y a quelques mois dans la plus stricte intimité, un peu comme un enterrement quoi. D’ailleurs, si on lisait mieux ce qu’on signe à ce moment-là… enfin,  bref, passons). Au début, je suis toujours un peu émue par cette ambiance recueillie, la beauté de cette petite église de campagne et par la mignonitude des futurs mariés. Dans l’assemblée, tailleurs en soie sauvage, trucs en organza sur les chignons bananes, pingouins en jaquette, tout est en place. Première lecture – épitre de Saint-Paul aux Corinthiens – l’amour prend patience (pas moi) l’amour ne fait rien de laid (moi si, je me cure les ongles sur le livret de messe). Il ne cherche pas son intérêt, il ne s’emporte pas, il ne se réjouit pas de ce qui est mal (genre), il excuse tout (ben voyons), il fait confiance en tout. Il espère tout, il endure tout (jusqu’à une certaine limite, on va dire). L’amour ne disparaitra jamais (et ce texte non plus). Tressaillez de joie, tressaillez de joie, le prêtre essaye de rester focus sur les prénoms des mariés et les pères des bébés qui chouinent au fond de l’église s’empressent de sortir pour les emmener boire un demi au café de la Poste et du Cheval Blanc, les veinards.

illustration messe mariageAprès, c’est le cocktail. Les talons bien plantés dans la pelouse et wrappée-serrée dans un plaid vu qu’il fait 9° en ce beau mois de juin, je me bourre de mini-saucisses froides et de verrines au guacamole pour éponger les 12 coupettes que je m’enfile en 3 heures. Je suis pompette et j’ai déjà envie d’aller me coucher.

Sauf que non, on passe à table. On trouve notre table (« Bigorneau ». Comme les mariés se sont rencontrés en Bretagne, les tables ont des noms de trucs de la mer). Arrivés sur site, je constate que mes potes sont dispatchés entre « Moule » et « Tourteau » ET que mes deux voisins de table sont de parfaits inconnus (le mari de la cousine du marié à droite, un collègue de bureau de la mariée à gauche). Mais ce n’est pas très grave car les 2h30 de discours relous et de power point foireux nous empêcherons d’aller au-delà des banalités d’usage.

Pendant ce temps-là, un troupeau de serveurs étudiants paniqués nous sert la tatin de foie gras aux pommes caramélisée et sa marmelade d’oignons, la cuisse de canard confite dans un demi-jus de girolles et sa pomme de terre grenaille au romarin, suivi de l’escalier de douceurs.

illustration mariage diner

On sort de table, il est minuit et je n’ai (toujours) qu’une envie, c’est rejoindre mon Ibis Styles de la sortie de l’autoroute. J’ai failli opter pour l’hôtel de la Gare (son couvre-lit en chenille orange, son papier peint vasarely vintage) qui était plus près et moins cher, mais ma longue expérience m’a soufflé à temps que j’aurais entendu mes nombreux voisins de palier rentrer puis vomir puis ronfler.

Non, là, il FAUT danser. Après la valse pourrie de la mariée et de son père, c’est parti pour I’m just a gigolo and everywhere I go on va s’aimer sous les sunlights des tropiques, ils m’emmènent au bout de la nuit, relax, take it easy, voiles sur le Nil, voiles sur les filles, barracuda, gimme gimme baby one more time, ça, c’est vraiment toi, ça se sent, ça se sent, ça se sent que c’est toi. It’s raining men, Alleluiah, tout ça pour des macarons, parait qu’ils sont bons. I gotta feeling that tonight’s gonna be a good night that tonight’s gonna be a good night that tonight’s gonna be a good, good night ouUuh ouh. Des-pa-ci-to, girls just wanna have fun et trois nuits par semaine, bon dieu qu’elle est belle. BoOooorn BoOOorn BooOoorn born to be alive. Pour aller danser le jerk-jerk-jerk sur de la musique pOooop, femme des années 80, femme jusqu’au bout des seins. Quand j’entends que le monde entier est un cactus, stop, merde, ras-le-bol, je me casse en douce, il faut que je sois en forme pour le rosbif-salade de riz du brunch de demain, avant de me retaper les 6 heures de route pour rentrer.

illustration soirée de mariage

Mais après quelques heures de sommeil bien méritées, l’optimisme revient. Finalement, peu importe la musique et le repas ! Fi des mauvaises langues et des esprits chagrins ! Le mariage reste évidemment un moment unique de magie et de rêve, le plus beau jour de la vie des mariés, ce jour merveilleux et romantique où ils se sont dit oui, ce jour béni où ils se sont engagés, ensemble, dans cette formidable aventure de l’amour, jusqu’à ce que, seule, la mort les sépare.

Partagez mon travail !

Recevez mes nouveaux articles dans votre boite aux lettres !

15 réflexions sur “Vive les mariés, bordel.

  1. Comme très souvent, tes mots me semblent être les miens. Je me sens moins seul dans cet anticonformisme que je cultive sans effort. Les mariages et tout le tralala que tu décris si bien m’emmerdent moi aussi, mais finalement, moins que les enterrements, va savoir pourquoi. 😉 Bravo et merci pour ce moment.

  2. Nan mais tu es trop forte! Je pense que nous sommes un banc de barracudas d’Alexandrie à partager ton point de vue! Merci Zoé! You made my day! Xoxo

  3. Génial!! Le mien était comme ça, et tellement pas ce que je voulais, mais mon mari me rassurait (car il voit toujours the bright side of life!!) que c‘était top pour les invités étrangers (et il en avait un peu) de vivre ce mariage ethnique à la française! Là, ça fait des années qu‘on n’est plus invité (vieux, nous aussi), car les amis c’est fait, les cousins aussi, nos enfants n’ont plus aucun intérêt pour porter fleurs/anneaux etc. (d’ailleurs ça tu ne l’as pas connu, mais manque ici le budget de plusieurs centaines d‘euros plus le stress pour habiller ton/tes môme/s en Cyrillus, voire Jacadi, tout en blanc, pour un jour/une photo sur laquelle il/s pleure/nt!!). Bref, bientôt ça passera aux neveux et nièces et enfants d’amis… Mais cette fois-ci on fera partie de la table des vieux, où ça rigole bien fort et toute la soirée. J’ai hâte. ; )

  4. Oui, ras le bol de ces mariages qui coutent une blinde et qui finissent a 70 % par des divorces. J’aurais voulu en son temps proposer une autre formule (lampions, accordéon, bal, buffets a thèmes, parquets, tenues décontractées, etc) mais il fallait faire comme tout le monde….la pensée unique !
    Quant a l’église, elle est toute à réformer, n’ y vont plus que les bigots et les bigottes…..Et pourtant, on ne va pas laisser place aux « non-mécreants »……

    1. Il y en a d’autres qui auraient aimé vivre un mariage ! Même un tout petit mariage ! tout simple! Friendly! Mais avec des parents:
      – bobo,
      – divorcés,
      – gauchistes,
      – fonctionnaires,
      – qui avaient 18 ans en mai 68,
      – qui par principe ne sont plus entrés dans une église depuis 40 ans,
      – qui jettent par les fenêtres l’argent reçu de leurs parents sans retenue comme de bon consommateurs (mais crachent sur le système capitaliste qui le nourrit),
      – et qui se préoccupent plus de leur nombril que des enfants qu’ils ont mis au monde,

      …évidemment, c’est compliqué ne serait-ce que d’imaginer organiser un mariage ! Depuis en effet, on développe d’autre coutumes. Comme hier, on inaugure l’allée de la Nakba à Bezons…Etrange changement…Chaque génération pose « sa touche personnelle ».

  5. Holà, un grand merci.. moi qui les ai toujours fuis, quelque part une petite voix en moi disait « vieux con, tu rates sûrement quelque chose ».. voilà un bon coup d’extincteur façon Canadair déversant ses 10 tonnes d’eau sur la forêt d’Orgon (c’est entre Senas et Cavaillon)…merci Captain !! et merci d’éviter les mégots et les Bbq pendant l’été…

  6. Très drôle … très juste … et doucement acerbe ! Tu es la Levy-Strauss de la bourgeoisie française catholique de droite (pléonasme). Bizous la Zou !

  7. Du grand spectacle, comme si on y était … et on n’y a été forcément bien des fois !
    L’avantage de prendre de l’âge c’est qu’on finit par s’y rendre beaucoup moins , tous les potes sont mariés !
    après il y a des fous qui se remarient , loin des grandes cérémonies rien qu’ en petit comité avec les meilleurs potes
    ambiance de dingue le lâcher prise à donf … bref ! la grosse fiesta anti-guindage qui fait du bien même s’il faut des lustres
    pour s’en remettre çà reste les meilleurs souvenirs !
    Merci Zoé
    Domi.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *